Déplacement Tinbo au Burkina Fasso
Octobre 2012

Vue globale

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Se sont déplacés :

  • 2 membres actifs : Clémence et Cyrille Inguenault
  • 1 membre d’honneur : Antoine Victoire Nouwavi

La situation au Sahel

Pour reprendre les termes du ministère des affaires étrangères français, « La situation qui prévaut au nord du Mali, où des groupes terroristes armés sont très actifs, accroit fortement l’insécurité et le risque d’enlèvement ou d’attentat au Sahel et de fait dans les pays limitrophes. Compte tenu de ce contexte sécuritaire régional, les déplacements dans la zone Nord du Burkina Faso, (…) sont déconseillés. » Octobre 2012.

Etant donné cette situation insécuritaire, ainsi que la proximité de nos écoles à Ouahigouya avec la frontière malienne (60 km), l’imminence d’un conflit armé au nord du Mali impliquant les pays de la CEDEAO, et le risque d’enlèvement d’occidentaux, nous avons pris la décision à contre cœur de ne pas nous rendre dans les écoles que soutient l’association TINBO et de rester à Ouagadougou.

C’est la première fois depuis la création de TINBO en 2005 que nous ne pouvons pas nous rendre à Ouahigouya.

Nous avons donc demandé aux 2 membres relais, Gildas et Kam de venir à Ouagadougou afin que nous puissions leur remettre ce que nous avions apporté pour les écoles, ainsi que pour les voir et travailler avec eux.

Ils sont donc venus passer 3 jours à Ouaga et ont obtenu une dérogation particulière pour cela (afin d’être dispensés de leurs cours).

Nous leur avons aussi demandé de venir avec les boursiers si cela était possible car nous souhaitions vraiment les rencontrer.

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de fournitures
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Projet « bourses » pour le collège

Ce projet de mettre en place des bourses pour le collège nous tient particulièrement à cœur depuis plusieurs années et nous sommes heureux qu’il puisse enfin aboutir en cette rentrée 2012.

Gildas et Kam arrivent le lendemain de notre arrivée, accompagnés de 6 boursiers sur 9 à 08h15 avec le premier bus au départ de Ouahigouya.

Nous sommes extrêmement heureux que 6 boursiers aient pu se joindre à eux. Cela n’a pas été évident. Leurs parents sont venus les déposer du village à la ville de Ouahigouya la veille au soir. Ils ont été hébergés chez Kam pour la nuit. Et ils ont démarré tôt le matin pour leur première sortie en bus de leur vie mais surtout leur première venue à Ouagadougou, la capitale !

Ce voyage représente vraiment un grand moment pour eux.

En nous rencontrant, ils sont très intimidés. Et cela pour plusieurs raisons :

  • Premier voyage à Ouagadougou comme je viens de l’écrire
  • Coutumes traditionnelles : respect de l’adulte et respect de l’étranger.

Cependant, ils nous reconnaissent, Cyrille et moi, car ils nous ont déjà vus à plusieurs reprises dans leurs écoles.

Nous nous installons sous une paillote et nous commençons alors un tour de table où chacun se présente. Cela permet à tout le monde de faire connaissance avec Antoine Nouwavi et cela permet aux enfants de se présenter.

Chaque enfant se présente : nom, prénom, âge, village d’origine, collège fréquenté.

Nous apprenons alors que 3 enfants viennent du village de Koura Bagre et 3 autres du village de Bagawoko.

Ils ont entre 12 et 14 ans. Il y a 1 fille et 5 garçons ; cependant dans le village de Rigui qui n’a pas pu être représenté, les 3 boursiers sont 2 filles et 1 garçon. Tinbo compte donc 6 garçons et 3 filles comme boursiers pour le collège.

Nous avions insisté auprès de G&K pour que les filles soient représentées parmi les boursières.

Après leur avoir remis des photos de notre déplacement il y a 2 ans dans leurs écoles, où ils se reconnaissent ou reconnaissent des membres de leur famille ce qui les amuse beaucoup, nous leur présentons à nouveau et leur réexpliquons le « projet bourses pour le collège ».

Nous les félicitons pour les lettres de motivation qu’ils nous ont envoyées au mois d’avril dernier (cf annexes), nous les félicitons aussi pour leurs résultats au CEP : Certificat d’Etudes Primaires.

Le CEP est un examen validant la fin de l’école élémentaire et leur permettant d’accéder au collège. Ils l’ont tous obtenu avec brio puisqu’ils ont été sélectionnés pour les bourses de TINBO, basées sur la motivation, le mérite et les moyens financiers de la famille. Le premier a obtenu 136/160 ce qui est un excellent score.

Rapport de mission Association Tinbo Octobre 2012 Page 4

Nous leur présentons alors la charte que nous souhaitons leur faire signer (cf annexes). Nous leur réexpliquons qu’il est important qu’ils nous communiquent leurs résultats scolaires à la mi-année et qu’ils nous réécrivent une lettre de motivation à la fin de l’année s’ils souhaitent que nous continuions à les soutenir l’année prochaine.

Tous les enfants signent la charte que nous photocopions pour que Gildas et Kam en remettent un double à leurs parents.

Après 2 heures de travail nous demandons aux enfants s’ils souhaiteraient voir quelque chose à Ouagadougou. Tous disent qu’ils voudraient voir le palais du président Blaise Compaoré.

Nous partons donc tous ensemble en voiture avec un taxi en plus, faire le tour de la ville et allons à Ouaga 2000 voir la « Présidence ». Les enfants sont collés aux fenêtres, les yeux écarquillés. Ils sont très heureux.

Puis nous allons déjeuner dans un maquis ; les enfants n’ont rien mangé depuis la veille au soir. Certains présentent des signes sévères de retard de croissance. Les membres relais sont donc entourés de membres actifs, de membre d’honneur et de 6 boursiers. L’équipe Tinbo est réunie, heureuse d’être ensemble.

Les enfants se régalent, s’appliquent à manger avec une fourchette et un couteau et les bouches se délient. Ils ont l’œil curieux et coquins et sont de sacrés numéros !

Nous rentrons enfin pour une dernière réunion, nous remettons leurs bourses aux collégiens qui sont fous de joies. Ils reprendront ensuite le bus pour Ouahigouya où leurs parents les attendent. Nous les avons quittés en leur demandant de bien travailler et de ne pas oublier de nous écrire. Ils sont bien arrivés à Ouahigouya et Gildas et Kam nous assurent qu’ils ont passé une journée extraordinaire et qu’ils vont attirer la curiosité de tout le village…ce qui va motiver les autres élèves à travailler !

Les tables-bancs

Cette année, l’association TINBO a financé la construction de 20 tables bancs pour l’école de Rigui que nous soutenons depuis 2005.

Gildas et Kam (G&K) ont inscrit « Tinbo » à la main sur chaque table banc.

Les tables bancs ont été réalisées en temps et en heure et les parents de l’école sont venus eux-mêmes les chercher à Ouahigouya pour ensuite les acheminer jusqu’au village et à l’école. Pour cela ils les ont transportées d’abord sur un camion le long de la route goudronnée puis avec des charrettes ânes.

Fournitures scolaires

Elles ont été commandées par Gildas et Kam et ont été distribuées par eux-mêmes la semaine même de notre venue à Rigui et Bagawoko. Ils se rendront à Koura Bagre la semaine suivante. Il faut souligner que cette distribution leur prendra énormément de temps mais qu’ils sont heureux de le faire.

Vont être distribués :

  • 491 ardoises
  • 1243 cahiers de 100 pages
  • 719 cahiers de 200 pages
  • 320 cahiers double lignes
  • 220 cahiers de 48 pages
  • 290 « academy » = trousseau géométrique : compas, équerre, règle
  • 780 bics bleus
  • 508 bics verts
  • 508 bics rouges

Pour cette distribution, l’association TINBO a dû louer une moto taxi pour pouvoir tout transporter.

Les frais de scolarité

Les frais de scolarité pour les 65 élèves orphelins des écoles vont être réglés par Gildas et Kam.

Je rappelle que TINBO prend en charge les frais de scolarisation des élèves orphelins, mais pour les autres enfants, ce sont leurs parents qui les payent ce qui permet de les laisser impliqués dans la scolarisation de leurs enfants.

Pharmacie

Nous avons apporté depuis Paris du coton, des antiseptiques locaux et des pansements pour ravitailler la petite pharmacie que nous avions mis en place dans chaque école.

Décoration des classes

Nous remettons à Gildas et Kam les 15 posters achetés à Paris pour décorer les classes. Il s’agit de posters éducatifs: couleurs, chiffres, conjugaisons, corps humain, système solaire, cartes du monde, …

Sport

Puisque l’école doit rester un plaisir, nous avons réitéré notre « action sportive » dans les écoles avec l’achat de 10 ballons de football et de 6 cordes à sauter pour les enfants.

Collecte de vêtement pour les enfants

Nous remettons à Gildas et Kam les 25 kilos de vêtements acheminés depuis la France. Nous avions remis 5 t-shirts à Issoufou, l’un des boursiers présentant un retard de croissance et qui est vraiment dans le besoin. Son père est sourd muet et sa mère a quitté le foyer.

Projet bibliothèque

Chaque boursier s’est vu remettre 2 livres par TINBO.

Le reste repart avec Gildas et Kam à Ouahigouya. Cependant, après discussion avec eux, nous décidons de ne pas les laisser à la bibliothèque de chaque école mais de les distribuer aux élèves. En effet, la bibliothèque (un carton car des planches au mur seraient trop soumises à la poussière) se trouve dans le bureau du directeur de chaque école. Il est difficile de savoir si les enfants y ont vraiment accès ou non. De peur que ces livres restent toute l’année dans le bureau, nous décidons de les distribuer un à un aux enfants de telle sorte qu’ils les aient chez eux. Ils pourront ensuite procéder à des échanges.

Sacs de riz

22 sacs de riz, à 40€ le sac de riz, ont été récoltés en France au mois de juin lors de l’opération « Sacs de riz », ce qui correspond à 880€.

Le cours du riz ayant récemment baissé au Burkina Faso, nous avons pu acheter avec ce budget au final 25 sacs de riz et 5 bidons d’huile. Cela correspond à 7500 repas pour les enfants.

Moustiquaires

Les moustiquaires que nous achetons habituellement pour TINBO sont fabriquées au Mali. Etant donné le contexte régional, aucun commerçant de Ouahigouya n’ose plus y aller.

Nous avions besoin de 304 moustiquaires cette année pour la rentrée et il n’y en avait pas assez dans toute la ville de Ouahigouya. Le marchand a dû aller en chercher à ouaga expressément pour TINBO. Il a demandé à G&K que TINBO lui paye l’aller et retour en bus pour les chercher, ce qu’ils ont refusé.

L’achat des moustiquaires a donc été compliqué cette année, mais grâce au professionnalisme de G&K, nous y sommes arrivés !

Une messe dans une chambre d’hôtel ouagalaise

Le membre d’honneur qui nous a accompagnés cette année est un prêtre, le Père Antoine Nouwavi. Il est membre d’honneur de Tinbo car il est très actif pour l’association : il a souvent mobilisé des amis qui nous ont soutenu financièrement, il a organisé des « messes africaines » afin de nous permettre de récolter des fonds, et il intervient parfois à nos événements en tant qu’africain.

L’association TINBO est une association laïque.

G&K sont musulmans et l’association TINBO se trouve en « territoire » musulman au nord du Burkina, alors que le sud est plutôt catholique.

Dès notre arrivée, et dès le premier tour de table de présentation, G&K ont été extrêmement heureux en entendant qu’Antoine était prêtre : « Alors nous aurons plein de bénédictions !! ».

Ils se sont montrés extrêmement respectueux à son égard, et le fait d’avoir un représentant religieux auprès de nous pour ces quelques jours de travail pour Tinbo a été perçu par eux comme une grande chance, que ce représentant soit chrétien ou musulman peu importait, ce qui importait était que nous en ayons un parmi nous.

Après 2 jours de travail, à ma grande surprise, G&K ont demandé si le Père Antoine pouvait célébrer une messe pour nous tous ; ce qu’il a accepté.

Et le soir, nous nous sommes retrouvés dans la chambre du Père Antoine, à assister à la messe : Cyrille, Gildas, Kam, et moi. Un moment extrêmement émouvant d’amitié, de communion et de partage.

Je vous fais part de cette expérience personnelle, en dehors des moments de travail pour Tinbo, car elle décrit tout à fait ce que nous vivons en Afrique.

L’association Tinbo est définitivement laïque, mais ce grand moment s’est inscrit parfaitement dans son état d’esprit :

  • L’ouverture à l’autre
  • Le respect mutuel
  • « C’est l’acceptation de toutes les différences qui donne à ce monde toute sa beauté » (Gildas).

L'école de Koura Bagre

Le soutien que nous apportons à l’école de Koura Bagre (KB) était en question car nous savions que des japonais voulaient y construire des classes. S’ils avaient aussi soutenu les élèves nous nous serions retirés afin de ne pas faire « doublon ».

Au final, les Japonais ont construit 3 classes en béton et des tables bancs mais ils ne soutiennent absolument pas les élèves. Nous avons donc décidé de continuer à soutenir les enfants et les orphelins de l’école de KB.

Lutte contre l’excision et le mariage forcé

G&K ont reçu une formation dispensée cette année par l’Etat burkinabè sur les mutilations sexuelles féminines (MSF). En tant qu’instituteurs, ils doivent inclure dans leur programme scolaire des moments de sensibilisation contre les MSF auprès de leurs élèves.

Nous leur avons apporté un DVD pédagogique de France, réalisé par l’ONG « Tostan » :

Il s’agit d’un film* accompagné d’un livret afin de faciliter la mise en place de séances de sensibilisation contre les MSF. G&K vont donc tout mettre en œuvre afin d’en organiser cette année.

*« L’Appel de Diégoune, le film de tout un village pour l’abandon de l’excision »

Projets pour l'année prochaine

Nouvelle école

J’explique à G&K que nous souhaitons présenter un dossier à une fondation afin de soutenir une nouvelle école.

G&K vont faire une prospection pour évaluer quelle est l’école des environs qui en a le plus besoin (ils reçoivent énormément de demandes).

Peut-être Rigui B ou Reka ? Ces 2 écoles sont en banco et n’ont aucune table banc. Ils vont donc rédiger un rapport pour nous, agrémenté de photos, durant l’année.

Idées de soutien de CP1 pour 4 écoles

G&K soumettent l’idée suivante : plutôt que de soutenir de nouvelles écoles dans leur totalité ce qui fait beaucoup d’élèves, nous pourrions soutenir 4 nouvelles écoles, mais seulement les CP1. Cela permettrait de leur donner le « trousseau TINBO » à leur entrée à l’école : moustiquaire, cartable et fournitures scolaires.

G&K insistent sur le fait qu’il faut inciter et aider les parents à inscrire leurs enfants en CP1 : une fois qu’ils y sont, ils continueront leur scolarité plusieurs années.

Rapport de Gildas et Kam à mi-année

Cette année, G&K sont allés dans chaque école afin de dresser un bilan à mi-année.

Ils ont fait des « visites surprises » dans les concessions des enfants du village pour voir si les moustiquaires offertes par TINBO étaient utilisées à bon escient et étaient en bon état.

Ce rapport a été envoyé à tous les membres d’honneur en cours d’année.

Nous demandons à G&K de renouveler ce travail qui est primordial pour le suivi de notre action.